Je jette la nature humaine à pile ou face sur la tombe d’Alexandre.”

Du supermarché à la scène politique en passant par  la soirée privée

Lorenzaccio est une pièce datant de 1833, je ne suis pas de ceux qui prône de préserver les pièces dans leur époque. Si une pièce raisonne par son contenu aujourd’hui c’est qu’elle aborde des thèmes intemporels. En effet comme le fait remarquer le metteur en scène dans l’interview qu’elle accorde à Théâtral Magazine cette pièce politique parle aussi d’aujourd’hui, de cette corruption qui entoure le monde politique, de cette soif de pouvoir.

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Photographie by Pierre Grosbois

Théâtre national de Bordeaux en Aquitaine – Grande salle Vitez le 14 octobre 2015Metteur en scène: Catherine MarnasScénographe :Cécile Léna et Catherine MarnasCostumes : Édith Traverso, Catherine MarnasLumières : Michel TheuilCréation sonore : Madame Miniature.

On peut saluer la justesse minimaliste du décor avec ce canapé 10 places qui rappelle la démesure du pouvoir, la couleur rouge de ce sofa et de la bannière colorée qui descend du plafond rappelle les teintes attribuées au pouvoir et au sang. Catherine Marnas explique que les lanières en plastique comme celles qu’on trouve devant les resserves des supermarchés sont là pour cacher et dévoiler ce qui est su mais pas assumé : la débauche, la corruption… Pourquoi ce parallèle  qui dénote manifestement avec la grandiloquence des bannières colorées ? Pourquoi ne pas avoir mis des portes en verre ? Et si le metteur en scène tenait tant à ce parallèle avec l’univers de la société de consommation, il aurait pu à ce titre faire des portes qui s’ouvrent automatiquement avec un détecteur…. étant donné que la pièce dénonce la corruption du clergé, on aurait pu penser à une porte automatique grimée en porte d’église.

Le costume jean tee-shirt rose de l’un des personnages dénote avec le costard d’un autre, même s’ils n’étaient pas de la même condition, il aurait été préférable de réfléchir un peu plus au costume de scène de ce jean-tee-shirt. Si on bascule dans une mise en scène moderne, on assume tous les costumes et plutôt que de faire porter aux femmes des robes, des jupes, on leur fait porter des pantalons…. Lorenzo un homme dépravé, assujetti par le duc de Medicis il se laisse pousser à faire des choses amorales (il achète la vertu d’une fille de 15 ans pour les plaisirs du duc par exemple). Lors de ces fêtes il porte une perruque ridicule qui me rappelle le travestissement des personnages dans Concessions de Kossi Efoui.

L’utilisation du micro reste un mystère pour moi en terme de plus-value au spectacle, bien que j’ai compris le sens de son utilisation : amplifier certains propos, faire un écho au monde moderne de la consommation, des soirées en boite de nuit. Mais, Madame Miniature en ce qui concerne votre création sonore, les « boum, boum, boum », et la musique de techno pourraient être justifiés si ces sons répétitifs et assourdissants servaient votre cause. J’ai bien compris qu’il s’agissait de transposer dans un univers de techno-parade les fêtes de Lorenzo. Soit. Et après ? Je me pose encore la question de savoir s’il s’agissait de pulsions ou de réels partis-pris.