Un décor inventif, une mise en scène décevante.

« Lisette : Venons au fait ; m’aimes-tu ?Arlequin : Pardi oui, en changeant de nom, tu n’as pas changé de visage, et tu sais bien que nous nous sommes promis fidélité en dépit de toutes les fautes d’orthographe ! »

Le thème du travestissement est un élément clé du théâtre de Marivaux. Les échanges de conditions et de toilettes font partie des ressorts comiques récurrents chez cet auteur. Or la mise en scène de Laurent Laffargue et Sébastien Laurier tiraient davantage sur le coté tragique de la situation. On peut saluer à l’occasion la performance du comédien qui jouait Dorante, pour ses magnifiques intentions de plainte et de désespoir. Aussi, d’ordinaire, les valets sont plutôt clownesques voire grossiers dans leurs gestes et leurs attitudes, ce qui rompt totalement avec les allures guindées de leurs maîtres. De plus, les valets sont censés profiter de leur condition de maître pour faire subir les brimades et les obligations dont ils sont victimes chaque jour en tant que domestiques à Sylvia et Dorante. Or, dans cette mise en scène, les attitudes ne sont qu’occasionnellement exagérées et donc la rupture est moins forte et moins drôle ! Le ressort comique clé de la pièce n’est pas suffisamment exploité : une déception.

Théâtre national de Bordeaux en aquitaine (TNBA) – Grande salle Vitez – le 10 décembre 2015
Metteur en scène: Laurent Laffargue assisté de Sébastien Laurier
Scénographe : Éric Charbeauet Philippe Casaban
Musique Joseph Doherty
Maquillage/Coiffure Raphaëlle Daouphars
Costumes : Sarah Mériaux
Lumières : Hervé Gary

Le jeu de l’amour et du hasard est une comédie classique du théâtre français. Écrite en 1730, elle offre une peinture de la société française de l’époque. Deux jeunes bourgeois doivent se marier. Sylvia la promise n’est pas emballée à l’idée d’épouser un inconnu et dresse un portrait du mariage désolant au travers des expériences de ces connaissances. Pour pouvoir observer Dorante, elle convient avec son père et sa suivante d’échanger de condition avec Lisette. Sans le savoir elle vient d’avoir la même idée que Dorante qui lui échangera de rôle avec son valet Arlequin.Éric et Philippe votre idée était pourtant bonne à la base, faire un décor qui s’imbrique et qui se disloque à souhait. Mais pourquoi choisir ce blanc immaculé ? Vous n’aviez plus assez d’argent pour acheter des pots de peinture ? Le tourniquet placé au centre aurait pu être un outil formidable dans ce dédale de mensonges et de manipulations, il aurait pu être un outil pour faire tourner les têtes, mais n’a malheureusement pas été assez utilisé! Le décor étant placé sur un plateau tournant, il fait de fait disparaître la moitié de la scène et fait donc perdre la perspective et la profondeur peut-être manquante à cette mise en scène. Je n’ai malheureusement pas vu l’utilité de ce décor à part celui de mettre en vitrine votre créativité.J’aime la modernisation, ou plutôt l’actualisation des pièces classiques. Expliquez-moi juste ma chère Sarah Mériaux pourquoi avoir obéit aux indications du metteur en scène sur la modernisation pour tous les personnages mais être resté dans ces carcans antiques de faire porter des jupes ou des robes aux personnages féminins ?! Cela peut paraître un détail mais c’est un détail qui peut donner une force à cette mise en scène. Les hommes dans cette pièce sont en costumes cravates, un très bon choix pour moderniser la pièce, mais pourquoi faire porter à la suivante Lisette une robe rose pâle assez classique et à Sylvia une robe blanche du même style ?! Je suis quelque peu médisante : la modernité arrive sur les épaules du personnage de Sylvia, lorsqu’elle se pare d’un gilet doré que vous trouverez dans n’importe quel magasin de vêtements au rayon fêtes.Je me rendais à cette représentation avec une folle envie de revoir cette pièce et pleine d’espoir de rire pendant une heure et demie. Au lieu de cela j’ai souris certes, j’ai observé les décors et les costumes et j’ai trouvé parfois le temps un peu long…Dommage !