Un long moment !

Théâtre National de Bordeaux en Aquitaine – salle Jean Vauthier -Le mardi 16 octobre 2018 à 20h.
Metteur en scène : Catherine Marnas                            
Comédiens : Julien Duval, Franck Manzoni, Olivier Pauls, Yacine Sif El Islam et Bénédicte Simon
Scénographie : Carlos Calvo  Son : Madame Miniature assistée de Jean-Christophe Chiron
Lumières : Michel Theuil assisté de Clarisse Bernez-Cambot Labarta                            
Conception et réalisation des costumes : Edith Traverso assistée de Kam Derbali .    
Création vidéo : Ludovic Rivalan assisté de Emmanuel Vautrin

Avant toute chose, il faut vous dire que c’était là, ma reprise en tant que spectatrice, voilà un an que je n’étais pas allée au théâtre. C’est long ! Alors je suis entrée dans la salle, décor visible ambiance sonore très présente. Il faut dire que j’étais dans les premières à entrer dans la salle, 5 minutes plus tard et je n’aurais pas entendu les tic-tacs réguliers et oppressants de l’horloge.

Exceptionnellement je vais vous parler de l’avant spectacle, tant cela m’a sauté aux yeux pour cette représentation. Le théâtre, ce n’est pas seulement voir mais surtout être vu. Toute la bourgeoisie bordelaise s’extasie devant une scénographie, certes quelque peu travaillée, mais regrettablement classique. Puis les spectateurs se saluent les uns les autres debout, parfois en faisant de grands signes, histoire d’être vus par tous. Certains s’exclament fort que cela fait longtemps qu’ils ne se sont pas vus. D’autres font bouger toute une rangée pour aller saluer une personne à l’autre bout, alors qu’il suffirait de faire le tour. D’autres encore ne savent pas que les chiffres pairs sont 2, 4, 6, 8 et s’étonnent de ne pas trouver leurs sièges du côté impair. Puis Catherine Marnas, la grande Catherine entre et ce qui se veut être des chuchotements donc a priori discret deviennent des apartés théâtraux. Seuls les lycéens en classe théâtre redonnent de l’authenticité et de l’intérêt à ce public à l’atmosphère plus que pompeuse.

Le spectacle n’a pas commencé mais j’observe le décor. Nous nous trouvons face à des panneaux sur lesquels est projeté une peinture de type Renaissance. Celle-ci peut nous évoquer Léonard de Vinci et l’Italie « Classique » et donc en contradiction avec Pasolini ou du moins avec ce qu’on nous en présente. Au milieu de la scène se trouve des tréteaux sur lesquels, il y a ce qui pourrait s’apparenter à un traîneau de Père Noël… Sans les rennes évidemment! On fait immédiatement le lien entre le titre « La nostalgie du futur » et le traitement du temps avec l’ambiance sonore et la scénographie. En effet le tic-tac, les projections « documentaire » avec des sons vieillissants et l’installation moderne témoignent du contraste entre le passé et le présent. Le spectacle va commencer mais arrêtons-nous sur le titre « La nostalgie du futur », titre digne des plus grands feuilletons français tel que Plus belle la vie ou Demain nous appartient…. Je dis cela sans mépris pour les spectateurs de ces séries, je veux simplement souligner l’ironie d’un spectacle qui se veut vous le comprendrez intellectuel, philosophique et militant sous des airs faussement accessibles et qui se révèlent être un amas de scènes sans lien. Certains disent que ce spectacle un appel à la résistance, je dis que c’est un appel à l’ennui.

L’entrelacement du cinéma et du théâtre peut être intéressant et réussi. Je me souviens de spectacle dans lesquels cette rencontre était judicieuse : Nobody par exemple ou Le livre imaginaire de la compagnie la Baldufa. Ce dernier spectacle m’a marqué par la qualité du rythme et la créativité pour rendre l’usage du numérique indispensable à l’effet en l’occurrence comique. Mais dans La nostalgie du futur, on a le sentiment que ce sont des morceaux juxtaposés les uns aux autres que Catherine Marnas voulaient absolument nous exposer, mais sans réel lien. De plus on peut se demander pourquoi les acteurs ne jouent pas davantage ? Etaient-ils mauvais ? Catherine Marnas ne sait-elle pas diriger ses acteurs de façon à ce qu’ils soient si insignifiants sur scène ? En effet, pendant au moins la moitié du spectacle la metteure en scène a préféré projeté des fragments d’œuvres de Paolini ou des extraits de documentaires sur Paolini. A ce sujet, le support de projection n’était pas inintéressant, les panneaux placés en quinconce donnaient un relief au film et une nouvelle couleur.Concernant la direction des acteurs hormis les deux comédiens qui jouaient les marginaux, le reste faisait des pauses en milieu de phrase. Le jeu des acteurs m’a fait penser à la parodie d’Isabelle Adjani chez Laurent Ruquier par Florence Foresti avec le jeu de main complètement surjoué mais qui se veut fin. La différence c’est que l’humoriste faisait une parodie et que vous cher Catherine, vous vous voulez sérieuse.

On se pose de nombreuses questions pendant ce spectacle. Et on s’interroge notamment sur le temps qu’il nous reste à passer sur ces fauteuils :  « Quelle heure est-il ? », « Est-ce bientôt terminé ? », « Quand pourrons-nous sortir ? ».En conclusion ce spectacle est un bon moyen de revoir ou de découvrir Pasolini, ses œuvres. En ce qui concerne la recherche plastique et la quête artistique, ce n’est pas à mon goût et ce n’est pas de bon goût. Mais Catherine Marnas a encore 3 créations pour m’étonner !!!! Je n’ai pas salué Madame Miniature que j’avais quelques peu titillé  lors d’une précédente critique, mais j’y reviendrais au prochain spectacle !