La cerisaie à l’accent Belge.

Si le dramaturge était plutôt proche de Stanislavski qui est rappelons le père du théâtre-vérité, la compagnie a plutôt pris le parti de la distanciation Brechtienne. En effet le collectif TG STAN (Stop Thinking About Names) marque dès le début du spectacle, avant même que la pièce ne commence son intention de casser le quatrième mur et de faire entrer le spectateur non seulement dans la pièce mais aussi dans l’univers de la création. Le spectateur prend place, il se trouve lui aussi dans la lumière, face aux comédiens. Une fois que la sonnerie annonçant le début du spectacle a retentit, l’un des comédiens lance le spectacle, toujours dans sa peau d’acteur. Un grand rectangle, qui ne prend toutefois pas toute la scène, révèle l’espace de jeu. La pièce démarre, les acteurs ne jouant pas la scène restent sur le côté, eux aussi spectateurs. Un autre choix très Brechtien : Il s’agit des changements de décors opérés par les comédiens eux-mêmes. Certes cela pourrait très bien faire partie d’une mise en scène classique si seulement cela avait été dans le noir ou même chorégraphié. Non, ce qui me fait qualifié ce choix de Brechtien c’est la mise en lumière de ce changement ainsi que la façon dont les comédiens déambulent, efficaces et sans fioritures.

-- « ANIA : La lune se lève.    

TROFIMOV : Oui. La lune se lève. Et voici venir le bonheur, oui, il vient, de plus en plus près, j’entends ses pas. Et si nous ne le voyons pas, si nous ne le reconnaissons pas, aucune importance. D’autres le verront !  ---

Théâtre national de Bordeaux en aquitaine – Grande salle Vitez –  le 13 novembre 2015
Metteur en scène: TG Stan
Scénographe : TG Stan
Costumes : An d’Huys
Lumières : Thomas Walgrave

La Cerisaie est une pièce d’Anton Tchekhov. Écrite entre 1901 et 1903 elle offre un portrait de bourgeoisie russe de l’époque. La qualité du verbe revenant à Tchekhov, intéressons-nous plutôt à la mise en scène.

La réussite de cette pièce réside dans l’intelligence de la mise en scène et la qualité des acteurs. Ils parviennent malgré cette distanciation insistante à nous entraîner dans le monde de la Cerisaie. La Cerisaie, ce lieu qui est plus qu’un lieu pour les héros de cette pièce, c’est le lieu de leur souvenir, de leur grandeur et de leur déchéance dans une Russie en révolte. Ils doivent se résoudre à vendre pour éponger leurs dettes. Lopakhine, fils émancipé de paysan et arriviste se dit intéressé pour acheter la Cerisaie. Il a pour projet de la détruire et d’y faire construire des habitations modernes, plus rentables. On peut évidemment voir un parallèle avec l’actuelle course à l’urbanisation au dépend de nos espaces verts. Résolus à récolter des fonds pour sauver le domaine, la famille organise une fête, cette idée est un échec. En revanche on ne peut guère parler d’insuccès pour la mise en scène de la fête. En effet un moment délicieux pour les yeux puisque les paravents en verre sont enflammés de lumières rouges derrière lesquelles les acteurs dansent une chorégraphie parfaitement coordonnée. La musique moderne sur laquelle les comédiens guinchent participent à rendre moderne cette scène.

Les lampadaires entreposés à l’avant-scène jardin, étaient cependant mal placés ils occultaient une partie du décor aux spectateurs assis sur la partie latérale. On reconnaîtra un échantillonnage de chaises des modèles Zrapol , Retirey et Slaposka d’un célèbre vendeur de meuble suédois ! Je suis favorable aux communautés cosmopolites, mais il est vrai qu’un spectacle d’un écrivain russe joué par une troupe belge en France avec une mise en scène d’inspiration allemande et des meubles suédois, c’est assez peu commun ! Parenthèse fermée, il faut reconnaître que l’accent belge apporte un certain charme à la pièce ; il faut cependant un temps pour habituer ses tympans à cette musicalité différente.

Une pièce délicieuse qui ne tient pas uniquement à la justesse de l’écriture de Tchekhov, mais aussi au parti pris de mise en scène qui la rend incroyablement moderne et légère. La scénographie simple et efficace nous montre une fois de plus que les fioritures ne sont pas nécessaire.