Un spectacle où le rire et l’effroi se mêle délicieusement.

« Je t’en prie Skyler, essaie d’avoir l’air heureux pour faire plaisir à maman, même si Bliss est la “star” de la famille, rappelle-toi toujours que c’est toi que maman aime le mieux parce que maman a aimé son petit homme en premier ; c’est notre Noël le plus heureux parce que papa est de retour parmi nous et nous voulons que le monde entier voie combien nous sommes fiers de Bliss et quelle patineuse exigeante elle est. »

Théâtre national de Bordeaux en aquitaine –studio de création – le 13 janvier 2016.
Conception : Olivier Waibel, Alexandre Cardin, Miren Lassus Olasagasti du Collectif Crypsum
Comédiens : Diane Bonnot, Alexandre Cardin, Gaspard Chauvelot
Texte Petite sœur, mon amour de Joyce Carol Oates
Costumes : Wilfrid Belloc
Lumières et plateau Jean-Luc Petit
Graphisme Nicolas Etienne

Ils vécurent tous horriblement et eurent beaucoup de tourments est une pièce de théâtre adaptée du roman de Petite sœur, mon amour de Joyce Carol Oates. Basée sur l’histoire vraie d’une famille américaine, cette pièce de théâtre nous plonge dans un univers sordide et comique à la fois. Les parents obnubilés par la notoriété vont tout faire pour être célèbre. La mère ancienne patineuse artistique, entraîne d’abord son fils a être patineur professionnel, mais Skyler se blesse et devient moins performant. Elle se souvient alors qu’elle a une fille et découvre que celle-ci a encore plus de potentiel que son fils. Elle délaisse alors complètement son garçon pour sa fille. On peut voir ici un transfert ou une volonté de revivre ce qu’a vécu la maman au travers de ces enfants. Le père lui travaille beaucoup part tôt rentre tard mais parvient toujours à se libérer pour organiser des dîners mondains avec des journalistes et célébrités. Le père est aussi dans cette quête de notoriété et de reconnaissance quelque soit les chemins à emprunter. Alors que la petite Bliss est à l’apogée de sa gloire (ou de celle de ses parents), elle disparaît puis est retrouvée morte, assassinée. Arrive alors le temps de l’enquête… Les suspects potentiels sont peu à peu évincés jusqu’à n’en laisser qu’un Skyler. La famille fait alors tout pour éviter la prison à leur fils, ils l’envoient dans un hôpital psychiatrique. Skyler se sent responsable de la mort de sa sœur car s’il avait continué le patinage, s’il avait réussi ce soir là , ce ne serait peut-être pas sa sœur qui serait morte. Cependant il ne se souvient pas l’avoir assassiné….On comprend peut à peu l’intérêt qu’aurait les parents à faire porter le chapeau à leur fils et on ne s’étonnerait pas, vu leur arrivisme qu’ils en soient arrivés là…. La construction du phrasé dans l’adaptation me fait penser aux pièces de Jean-Luc Lagarce. En effet, certains éléments sont répétés reformulés comme dans les pièces de ce dramaturge contemporain. Par ailleurs l’interprétation distante, comme si les personnages racontaient une autre histoire que la leur font écho aux atmosphères des pièces de ce dramaturge.

Cette pièce aborde la question des médias dans notre monde actuel. La famille Rampike utilise les médias pour accroître sa notoriété, à tel point que cela en devient malsain. Dès que la pièce débute, on comprend que la télévision, les journalistes vont jouer un rôle important dans cette histoire. En effet lors de la première scène, les personnages sont assis, dos au public sur un canapé qui lui est devant une grande télévision. Cette télévision diffuse des images de patinage artistique de pages d’information, de plateau télé… Cette omniprésence ne s’arrête pas à la scène d’exposition, mais se poursuit tout au long de la pièce. En effet,les médias apparaissent à plusieurs reprises :la mère de Bliss va faire une émission de télé pour raconter son chagrin et demander de l’aide pour surmonter cette épreuve. Cette mère malsaine en profite pour vendre des produits que Bliss a toucher. Cet aspect de la pièce résonne comme une satire d’un besoin irrépressible de notoriété que nous vivons aujourd’hui au travers des télé-réalités par exemple.

Le collectif Crypsum a utilisé des procédés de distanciation qui pour cette fois permettent au public d’investir d’avantage le récit.C’est un récit rapporté, les personnages sont avec nous mais nous font revivre leur histoire. Donc l’adresse au public permettait de nous sentir le quatrième personnage de la pièce. Par ailleurs le décor était une fois de plus changé à la vue du public.

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Ils vécurent tous horriblement et eurent beaucoup de tourments

Un sujet grave traité avec humour, c’est ce que j’ai préféré dans cette pièce car malgré le caractère tragique de la situation, on rit! On rit jaune ! On rit franchement ! On rit par la rudesse des propos que tiennent les parents à leurs enfants, qui se reprennent par ailleurs parce que nous sommes là. On rit parce que ce sont des parents « horriblement » arrivistes. Par ailleurs en ce qui concerne les costumes, ils sont simples mais efficaces. La robe violette à volant débordant de fioritures est too-much mais colle avec le personnage et avec ce que la mise en scène donne à être à ce personnage. Le fils porte un pantalon rouge, une tee-shirt blanc et un gilet sans manche en laine beige ce qui donne à voir de lui quelqu’un d’effacé d’absent de commun. Le père lui est en costard, très soigné, très apprêté. Les deux parents sont volontairement soignés, maquillés pour les médias !