Un spectacle qui donne à Dom Juan un visage moitié humain.

Théâtre national de Bordeaux en aquitaine – Studio de création – Lundi 9 janvier 2017
Metteur en scène et scénographe: Guy Pierre Couleau
Assisté de Bruno Journée
Comédiens Nils Öhlund, Carolina Pecheny, Jessica Vedel
Auteur : Ödön von Horváth
Création Lumière Laurent Schneegans
Durée 1h20

Dom Juan revient de la guerre reprend les traits du personnage de Dom Juan connu de tous, séducteur de femmes et sûr de lui. Cette pièce ne raconte pas la métamorphose d’un Dom Juan en homme raisonné ou respectueux à cause de la guerre. Elle raconte plutôt l’histoire d’un homme dévasté par la guerre qui s’accroche à un espoir. Celui de retrouver la seule femme qui l’aimait véritablement et la seule aussi qu’il ait un peu aimé. Il lui écrit des lettres qui demeurent sans réponse. Dom Juan est immobilisé à l’hôpital par la grippe espagnole.Dom Juan guette la réponse de sa fiancée qui ne viendra jamais. L’homme se laisse alors rattrapé par ses vieux démons, les femmes. IDom Juan séduit. Il séduit encore et encore. Il séduit non pas uniquement pour le besoin de séduire mais parce que chaque femme qu’il conquiert a un détail physique lui rappelant sa fiancée. Un jour, Le séducteur se décide d’aller chez cette fiancée, assez d’attendre la réponse qui n’arrive jamais. Il est reçu par la grand-mère de la jeune fille qui lui apprend que sa bien-aimée est morte de chagrin en mars 1916….

I) Un spectacle Brechtien

a) Qu’est-ce que le théâtre de Brecht?

Vous avez sans doute déjà compris que j’aimais lorsque les choix des metteurs en scène étaient pleinement assumés. Eh bien c’est le cas ici. Le metteur en scène a pris le parti de la distanciation. C’est un procédé de mise en scène initié par l’allemand Bertold Brecht qui consiste à mettre en lumière le fait que c’est une pièce de théâtre. En effet, la plupart des pièces se veulent réalistes, ou tendent à nous emmener dans l’univers de la pièce afin de nous faire oublier le plus possible qu’il s’agit d’une fiction. Le procédé de mise à distance utilisé ici, a pour objectif de rendre questionnant le sujet et de contraindre le spectateur à ne pas oublier où il est. Ce choix de mise en scène n’est pas étonnant, puisque Monsieur Guy Pierre Couleau a précédemment mis en scène une pièce de Brecht.

b) Qu’est-ce qui fait de cette pièce une pièce Brechtienne?

Tout d’abord, nous, spectateurs, sommes rentrés tard dans la salle. Lorsque nous sommes entrés, les comédiens étaient déjà sur scène. Ceci a été un indice pour moi sur le choix de la mise en scène. Puis dès la première scène on comprend que l’espace dans lequel étaient placés les comédiens était en réalité leur espace coulisses. Lorsqu’on choisi la distanciation comme parti-pris on place souvent les coulisses sur scène. Ce choix peut parfois desservir la pièce, ce n’est pas le cas ici. En effet, les comédiennes entourant Dom Juan jouaient à elles deux 35 personnages. Il fallait donc pour que les changements soient lisibles par le spectateurs.Le processus de changement de costume fait partie intégrante du spectacle et se fait à vue. Certains personnages revenant plusieurs fois, il était nécessaire que l’identification soit simple. L’identification est réussie puisqu’on comprend assez vite que tel accessoire correspond a tel personnage… Il faut à ce titre saluer la brillante interprétation des 35 personnages par les deux comédiennes.Les comédiennes passent tour à tour de la vieille femme à la prostituée en passant par l’infirmière… La lisibilité tenait aussi à leur justesse de jeu et au fait qu’elles marquaient un véritable changement d’attitude lorsqu’elle campait un nouveau personnage. Par ailleurs, les comédiens changeaient le décor à vue.

II- La simplicité

La simplicité c’est bien mais en ce qui concerne le décor… C’est moins bien ! J’ai en effet été un peu déçue par les meubles utilisés pour faire la scénographie : des chaises, des tables dépareillées. Le fait n’est pas seulement que le mobilier ait été dépareillé, c’est qu’esthétiquement parlant ça ne fonctionnait pas. Ce mobilier on l’utilise pour des spectacles d’école ou lorsqu’on n’a pas beaucoup de moyens… Mais Monsieur Guy Pierre Couleau, il me semble qu’en ayant fait des économies avec vos 3 comédiens pour 36 personnages, vous pouviez vous permettre d’investir dans du mobilier de qualité !Par ailleurs, il y a des idées de mise en scène simple mais qui fonctionnent. Lorsque l’une des deux comédiennes doit jouer une vieille femme pour un tableau, elle enfile un châle, se courbe, tend le cou et se place à coté d’un projecteur. Cela donne l’ombre d’une vieille femme. La position et l’articulation sont parfaites puisqu’on voit distinctement l’ombre de la bouche bouger.

Conclusion

Je recommande aux curieux d’aller voir ce spectacle. On ne voit pas le temps passé, on est transporté avec Dom Juan, avec ces femmes… Malgré une déception sur le plan de la scénographie, ce spectacle reste riche par la qualité du texte et la celle de l’interprétation des 35 personnages féminins.